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Mardi 10 janvier 2012 2 10 /01 /Jan /2012 07:10

 

(Entretien avec Pascal Ménard - Psychanalyste, Psychosomaticien)

 

 

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Psychosoma.info : La question de l’origine "psychique" ou "somatique" d’une maladie a toujours suscité beaucoup de questions et continue d’alimenter des débats…. Que peut-on en dire aujourd’hui ?

 

Pascal MENARD : D’abord un constat : la tendance actuelle consiste à exclure totalement le psychisme dès que l’on traite une affection dont l’origine psychique n’est pas admise. Or, que la maladie soit psychogène ou non, par quel miracle notre psychisme ne serait pas «concerné» par tout ce qui affecte notre corps ?

On peut bien sûr envisager deux directions possibles : soit la maladie provient du psychisme pour se diriger vers le corps (évolution psycho-somatique) soit elle s’origine dans le corps pour s’orienter vers le psychisme (évolution somato-psychique). Mais dans tous les cas, ces deux pôles finissent par créer un mouvement circulaire où chacun se combine avec l’autre par une dynamique d’influence réciproque.

Le fait de se focaliser sur un seul facteur étiologique produit nécessairement un clivage thérapeutique selon une approche réductrice : si l’origine est somatique, on traite uniquement le corps. Si l’origine est psychique, on traite uniquement le psychisme. Ce découpage arbitraire est un non-sens.

 

"Le SIDA et ses conséquences ne
se limitent pas à une infection virale"

 

Prenons l’exemple du SIDA. Il ne viendrait à l’idée de personne de contester le caractère exogène de cette maladie puisqu’elle résulte d’une infection virale. Et pourtant ! Certes, le virus n'a rien de comparable avec celui de la grippe, mais on constate que de nombreux porteurs sains du HIV déclenchent la maladie peu de temps après avoir pris connaissance des résultats du test. Le diagnostic de séropositivité est un choc traumatique extrêmement violent qui ébranle tout le système immunitaire : c’est précisément ce dont a besoin le virus pour se développer. La question de l’étiologie n’est donc pas aussi simple qu’on le suppose.
Une fois déclarée, la maladie va nécessairement agir sur le psychisme, réveillant des fantasmes archaïques liés à l’histoire psychosexuelle infantile. Des angoisses de désintégration, de castration, de mort, associées à de profonds sentiments de culpabilité, sont autant de représentations toxiques qui contribuent à affaiblir le système immunitaire.

 

"les pratiques sexuelles non protégées sont des
conduites suicidaires qui trahissent déjà
une structure psychique défaillante"

 

Il n'est bien sûr nullement dans mes propos de dénigrer le dépistage, et encore moins les traitements médicaux actuellement proposés qui restent indispensables. Rappelons cependant que le préservatif est la solution prophylactique la plus simple et la plus efficace. Par conséquent, lorsqu'on a été informé des risques, les pratiques sexuelles non protégées sont des conduites suicidaires qui trahissent déjà une structure psychique défaillante.

Tout ceci pour dire que le SIDA et ses conséquences ne se limitent pas à une infection virale, de même que les pathologies gastro-duodénales ne se réduisent pas à l’infection par Helicobacter pylori, puisque nous sommes en très grand nombre porteurs de cette bactérie sans pour autant être tous atteints de gastrite ou d’ulcère chronique.

Or la découverte de cette bactérie a conduit à réviser le traitement de la maladie ulcéreuse, puisqu’elle est considérée depuis 1995 comme une maladie infectieuse. Un pas de plus vient donc d’être franchi pour mettre le psychisme au «pilori» si je puis dire !

Certes, H. Pylori intervient bien dans le processus pathologique, mais il peut néanmoins y avoir guérison sans son éradication. Par ailleurs, certaines pathologies inflammatoires gastro-duodénales peuvent également se développer sans la présence de cette bactérie. Autrement dit, il ne s'agit là que qu'un maillon dans la chaîne étiologique, qui n'en constitue pas pour autant la cause spécifique. Cette bactérie se comporte comme un agent opportuniste qui profite de l'affection pour se développer.
Quant à l’évolution éventuelle de « l'infection » vers une atrophie gastrique ou un cancer, H. Pilory n’y est plus pour grand-chose. Les psychosomaticiens savent bien que ce type d’évolution va dépendre du mode d’organisation psychosomatique général du patient, en lien avec des événements anxiogènes passés ou actuels, qui sont bien plus pathogènes que H. Pilory.

Faut-il rappeler les expériences scientifiques menées par le physiologiste H. Selye dans les années 30, qui ont démontré que des rats placés en situation de stress permanent finissent par mourrir d'ulcérations hémorragiques digestives ? [1]


"le nourrisson ne connaît qu’un seul moyen
d’expression pour résoudre tous les types de conflits,
aussi bien internes qu’externes : la somatisation"

 

On peut certes admettre une dimension psychique dans toute maladie, mais peut-on pour autant définir la notion de "psychisme" ?

 

P.M. : Sans doute est-ce un facteur particulièrement dérangeant puisqu’il est systématiquement dénié. Disons que la fonction du psychisme, schématiquement, consiste à gérer les relations interpersonnelles, les conflits internes, les émotions, l’angoisse, la dépression, la maladie. Car le psychisme n’est ni une entité abstraite, ni un système déconnecté du corps : il est nécessairement ancré dans le somatique.

Winnicott en donne une définition qui répond en partie à la question : "Le terme psychisme signifie l'élaboration imaginaire de parties du corps, de sensations et de fonctions somatiques." (D.W. Winnicott - L'esprit et ses rapports avec le psyché-soma - 1949)

 

"A partir de 6-7 ans, il y a une accalmie
des maladies somatiques"

 

En fait, l’appareil psychique humain est le plus long à se développer par rapport à toutes les autres fonctions. Sur la chaîne évolutive, et selon un ordre chronologique invariable, se constituent : le soma (le corps organique), la motricité, les sens. Les processus psychiques se développent en parallèle, mais sont les derniers à arriver à maturation.
C’est la raison pour laquelle celui-ci ne connaît qu’un seul moyen d’expression pour résoudre tous les types de conflits, aussi bien internes qu’externes : la somatisation.
Ainsi, faute de pouvoir se représenter une souffrance psychique, les bébés et les jeunes enfants répondent-ils par des somatisations diverses à des manifestations d’angoisse émanant de l’entourage (agression externe) ou encore à des tensions instinctuelles (besoins internes) qui ne trouvent pas d’issue de satisfaction.

Or tous les pédiatres constatent un phénomène singulier lorsque l’évolution psychosomatique de l’enfant est normale : à partir de 6-7 ans, il y a une accalmie des maladies somatiques.
Cet âge, qui correspond à la période de latence, est une période de maturation psychique très riche. L’enfant commence à investir un nouveau théâtre intérieur, via son appareil psychique, qui lui offre de nouvelles sources de plaisir. A ce stade, la sexualité est idéalisée, car son psychisme s’est en partie structuré autour d’un premier conflit interne - entre 3 et 5 ans - à savoir la crise oedipienne, qui trouvera normalement sa pleine résolution à l’adolescence. Son intérêt pour la sexualité est provisoirement transformé en goût pour le savoir, l’apprentissage scolaire, la lecture. Ainsi l’enfant est-il en mesure de renoncer en grande partie à ses somatisations (qui exprimaient auparavant des conflits intrapsychiques), car l’imaginaire, la maîtrise de la communication verbale, et le goût pour la création artistique lui offrent de nouvelles voies d’écoulement des excitations valorisées par l'entourage.


"Cliniquement, on observe une corrélation entre une
« bonne mentalisation » et une «bonne santé»".

 

Peut-on dire que l’appareil psychique "prend le relais" de la somatisation, qui est un processus plus archaïque ?

 

P.M. : Oui, d’une certaine façon. Cela dit, personne n’est à l’abri de la maladie bien sûr. Car le psychisme a un fonctionnement irrégulier, discontinu, et cette fluctuation, scandée par les événements de la vie, agit sur l’économie psychosomatique générale. Cela signifie qu’indépendamment de la qualité de fonctionnement de l’appareil psychique (autrement dit de la «mentalisation»), certaines épreuves psychiques trop intenses peuvent être vécues sur un mode traumatique et provoquer des désordres somatiques (par exemple suite à : deuil, licenciement, naissance, retraite, etc.). Mais il n’en est pas moins vrai que la gravité de ces désorganisations et le potentiel de rémission vont dépendre de la qualité de la mentalisation. Cliniquement, on observe une corrélation entre une «bonne mentalisation» et une «bonne santé».

 

 

[1] Pour en savoir plus : Le stress : ça veut dire quoi ?

Par Psychosoma - Publié dans : Contributions de Pascal Ménard
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Samedi 7 janvier 2012 6 07 /01 /Jan /2012 20:50

"Un corps pour deux"... tel est l'intitulé d'un chapitre que Joyce McDougall consacre dans son ouvrage " Théâtres du corps". Elle relate la scène suivante vécue avec une patiente présentant de multiples somatisations, nommée Georgette : « Un jour, je revenais de vacances, la peau manifestement brûlée par le soleil. En me voyant, Georgette s’écria : « Mais qu’est-ce que vous avez fait à mon visage ? ».

 

Ainsi, les limites entre le corps de l’analyste et celui du patient sont inexistantes, il y a fantasme de fusion, voire illusion de faire réellement UN avec l’autre. Joyce McDougall, à l'appui de nombreuses autres observations cliniques, postule l’existence d’un fantasme universel qui pousse l’être humain à ne faire qu’un avec «la mère univers». Certaines pathologies somatiques illustrent en effet ce désir archaïque de fusionner avec l’objet.

 

Par ailleurs, Freud, en s’inspirant du Banquet de Platon, s’interroge sur le bien-fondé de l’hypothèse selon laquelle «la substance vivante, au moment où elle prit vie, fut déchirée en petites particules, qui depuis lors aspirent à leur réunion de par les pulsions sexuelles […] Ces fragments dispersés de substance vivante atteignent ainsi à la pluricellularité et finissent par transférer aux cellules germinales, avec le maximum de concentration, la pulsion à la réunion.» [Freud – Au-delà du principe de plaisir – 1920 - OCF –XV- (p.332-333)]

 

La nature semble illustrer cette thèse par un exemple bien « vivant ». C’est ainsi que Stephen Jay Gould se délecte à nous raconter que sur la trajectoire de l’évolution, on rencontre cette étonnante fusion entre mâles et femelles d’une espèce très spécifique de baudroie appartenant aux Cératioïdes. Ce poisson évolue dans les profondeurs de l’océan entre 900 et 3 000 mètres sous la surface.
Certains mâles présentent la particularité de se souder à la femelle par la bouche, se métamorphosant en véritable appendice de la femelle. Leurs deux systèmes vasculaires fusionnent alors. Puis le mâle abandonne totalement certaines fonctions organiques devenues inutiles comme la vue et les dents, tandis que ses testicules se développent, devenant alors un simple organe reproducteur que la femelle semble pouvoir contrôler à volonté (cf. animation ci-dessous inspirée de l’ouvrage de Stephen Jay Gould – Quand les poules auront des dents – Seuil ) .

 

 

Par Psychosoma - Publié dans : Articles - Communauté : Psychosomatique
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