Le mot stress fut introduit vers 1936 par le physiologiste canadien d’origine hongroise, Hans Selye, dont les recherches
conduiront à la notion de Syndrome Général d’Adaptation (SGA).
Ce chercheur était avant tout intéressé par les mécanismes physiologiques d’adaptation de l’organisme aux agressions diverses. Ses expériences consistaient à soumettre des rats à des situations
stressantes variées (bruits, lumière, chaleur, froid, produits chimiques, déplacements, etc.), afin d’observer les modifications métaboliques qui en résultent.
Il remarqua que tous ces facteurs de stress (appelés agents stresseurs), produisaient la même réaction physiologique. Ainsi le
stress se définit comme étant la réponse non spécifique de l’organisme à toute demande spécifique qui lui est faite.
Selon nous, ceci est surtout vrai lors des phases 1 (alarme) et 3 (épuisement) tandis que la phase 2 (résistance) présente des spécificités selon que l’on est un homme ou un rat (cf. animation interactive ci-dessous - cliquez sur Play).
Lorsqu’un stress survient (au moment de son impact : phase 1 - alarme) la réaction physiologique de l’homme ne diffère guère de celle du rat.
Les deux vont solliciter leur système neuro-végétatif, sécréter de l’adrénaline afin de mobiliser l’organisme et le préparer à réagir. Il s’agit là de fonctions réflexes archaïques, génétiquement
déterminées, au service de l’autoconservation de l’individu.
A partir de là, une décision doit être prise : fuir ou combattre. Ce qui suppose d’être en mesure d’évaluer la nature du danger et de s'adapter à la situation. C’est ici que les processus
psychiques interviennent lors de la deuxième phase (phase de résistance). Or les facteurs psychiques sont beaucoup plus complexes et plus nombreux à être mobilisés chez l’homme que chez le rat.
Toutefois, tous ces processus ne sont pas toujours au service de l’adaptation, car le psychisme est susceptible de provoquer du stress supplémentaire par la variété des représentations et des
affects générés qui peuvent entrer en conflit les uns avec les autres. La potentialité d’un individu à transformer le stress en «bon» ou en «mauvais» stress, va dépendre de sa mémoire
émotionnelle, de ses ressources fantasmatiques, de la qualité de ses relations objectales liées à son histoire individuelle, et de sa capacité à lier ses représentations et ses affects. Tous ces
facteurs interviennent pour tenter d’apporter une réponse spécifique adaptée à la demande
(cf. animation : phase 2 - résistance).
Le rat possède également un psychisme (mémoire individuelle liée à ses expériences de vie, capacités d’anticipation, etc.) mais ses représentations et ses affects sont moins riches et moins conflictuels. La fonction fantasmatique du rat étant quasi inexistante, son potentiel associatif faible, l’éventail de possibilités imaginées - ou hallucinées - pour résoudre un conflit est réduit. Ses facteurs adaptatifs vont donc surtout dépendre de processus physiologiques génétiquement déterminés, y compris lors de la phase de résistance (phase 2) . Ceci a pour conséquence de solliciter l’organisme qui ne peut répondre qu’en fonction de ses programmes limités. C’est ainsi que la réponse à une demande spécifique peut être non spécifique.
Mais si le rat ne peut réagir comme l’homme, l’homme peut réagir comme le rat. Devant un "stress" générateur d’angoisse insupportable, certains êtres humains ont adopté une stratégie défensive : fuir… la souffrance psychique ! C’est ici que nous retrouvons tous nos patients (opératoires, alexithymiques, etc.) [1] qui, faute d’avoir pu intégrer une solution psychique adaptée, somatisent - souvent gravement - et ce, jusqu’à épuisement… comme le rat !
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Pour en savoir plus : Le stress ça veut dire quoi ?
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[1] Pensée opératoire : Cette notion a connu un retentissement international lors de sa publication en 1963 par Pierre MARTY, contribuant ainsi à la notoriété de l'Ecole de Paris. Elle consiste en un mode de pensée linéaire, où la capacité de libre association et de fantasmatisation est court-circuitée pour se centrer sur des préoccupations concrètes, actuelles, où le vécu du sujet est dénué d'affect. La pensée opératoire empêche le sujet d'investir l'autre en tant qu'objet libidinal ; l'identification à ce dernier reste superficielle, ne pouvant s'établir que sur un mode mimique. Vers 1973, le terme "alexithymie", inspiré de la notion de pensée opératoire, sera introduit par P.E. Sifneos pour décrire des sujets psychosomatiques n'arrivant pas à exprimer leurs émotions et présentant une activité de pensée fantasmatiquement pauvre, centrée sur les préoccupations concrètes.
