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Vendredi 4 novembre 2011 5 04 /11 /Nov /2011 07:12

Le mot stress fut introduit vers 1936 par le physiologiste canadien d’origine hongroise, Hans Selye, dont les recherches conduiront à la notion de Syndrome Général d’Adaptation (SGA).
Ce chercheur était avant tout intéressé par les mécanismes physiologiques d’adaptation de l’organisme aux agressions diverses. Ses expériences consistaient à soumettre des rats à des situations stressantes variées (bruits, lumière, chaleur, froid, produits chimiques, déplacements, etc.), afin d’observer les modifications métaboliques qui en résultent.
Il remarqua que tous ces facteurs de stress (appelés agents stresseurs), produisaient la même réaction physiologique. Ainsi le stress se définit comme étant la réponse non spécifique de l’organisme à toute demande spécifique qui lui est faite.

Selon nous, ceci est surtout vrai lors des phases 1 (alarme) et 3 (épuisement) tandis que la phase 2 (résistance) présente des spécificités selon que l’on est un homme ou un rat (cf. animation interactive ci-dessous - cliquez sur Play). 

 

 

 

Lorsqu’un stress survient (au moment de son impact : phase 1 - alarme) la réaction physiologique de l’homme ne diffère guère de celle du rat. Les deux vont solliciter leur système neuro-végétatif, sécréter de l’adrénaline afin de mobiliser l’organisme et le préparer à réagir. Il s’agit là de fonctions réflexes archaïques, génétiquement déterminées, au service de l’autoconservation de l’individu.
A partir de là, une décision doit être prise : fuir ou combattre. Ce qui suppose d’être en mesure d’évaluer la nature du danger et de s'adapter à la situation. C’est ici que les processus psychiques interviennent lors de la deuxième phase (phase de résistance). Or les facteurs psychiques sont beaucoup plus complexes et plus nombreux à être mobilisés chez l’homme que chez le rat. Toutefois, tous ces processus ne sont pas toujours au service de l’adaptation, car le psychisme est susceptible de provoquer du stress supplémentaire par la variété des représentations et des affects générés qui peuvent entrer en conflit les uns avec les autres. La potentialité d’un individu à transformer le stress en «bon» ou en «mauvais» stress, va dépendre de sa mémoire émotionnelle, de ses ressources fantasmatiques, de la qualité de ses relations objectales liées à son histoire individuelle, et de sa capacité à lier ses représentations et ses affects. Tous ces facteurs interviennent pour tenter d’apporter une réponse spécifique adaptée à la demande

(cf. animation : phase 2 - résistance).

 

Le rat possède également un psychisme (mémoire individuelle liée à ses expériences de vie, capacités d’anticipation, etc.) mais ses représentations et ses affects sont moins riches et moins conflictuels. La fonction fantasmatique du rat étant quasi inexistante, son potentiel associatif faible, l’éventail de possibilités imaginées - ou hallucinées - pour résoudre un conflit est réduit. Ses facteurs adaptatifs vont donc surtout dépendre de processus physiologiques génétiquement déterminés, y compris lors de la phase de résistance (phase 2) . Ceci a pour conséquence de solliciter l’organisme qui ne peut répondre qu’en fonction de ses programmes limités. C’est ainsi que la réponse à une demande spécifique peut être non spécifique.

 

Mais si le rat ne peut réagir comme l’homme, l’homme peut réagir comme le rat. Devant un "stress" générateur d’angoisse insupportable, certains êtres humains ont adopté une stratégie défensive : fuir… la souffrance psychique ! C’est ici que nous retrouvons tous nos patients (opératoires, alexithymiques, etc.) [1]  qui, faute d’avoir pu intégrer une solution psychique adaptée, somatisent - souvent gravement - et ce, jusqu’à épuisement… comme le rat !

 
 

 

Pour en savoir plus : Le stress ça veut dire quoi ? 

 

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[1] Pensée opératoire : Cette notion a connu un retentissement international lors de sa publication en 1963 par Pierre MARTY, contribuant ainsi à la notoriété de l'Ecole de Paris. Elle consiste en un mode de pensée linéaire, où la capacité de libre association et de fantasmatisation est court-circuitée pour se centrer sur des préoccupations concrètes, actuelles, où le vécu du sujet est dénué d'affect. La pensée opératoire empêche le sujet d'investir l'autre en tant qu'objet libidinal ; l'identification à ce dernier reste superficielle, ne pouvant s'établir que sur un mode mimique. Vers 1973, le terme "alexithymie", inspiré de la notion de pensée opératoire, sera introduit par P.E. Sifneos pour décrire des sujets psychosomatiques n'arrivant pas à exprimer leurs émotions et présentant une activité de pensée fantasmatiquement pauvre, centrée sur les préoccupations concrètes.

Par Psychosoma - Publié dans : Articles - Communauté : Psychosomatique
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Lundi 3 octobre 2011 1 03 /10 /Oct /2011 06:25

 

(Entretien avec Pascal Ménard - Psychanalyste, Psychosomaticien)

 

 

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Psychosoma.info : Y a-t-il des maladies " typiquement " psychosomatiques ?

Pascal MENARD :
Je ne parle jamais de "maladies psychosomatiques" car les frontières sont floues et les définitions psychanalytiques et médicales souvent divergentes ce qui risque de provoquer des polémiques par ailleurs stériles. Il semble plus pertinent d'aborder la question en terme "d'économie psychosomatique générale" du sujet.
Car ce n'est pas la maladie - classée en tant qu'entité "médicale" - qui définit son caractère éventuellement "psychosomatique", mais le type d'organisation psychique générale du patient par rapport à trois facteurs en interrelation constante : psychique, comportemental, somatique. Vouloir isoler un seul de ces paramètres sans tenir compte des autres ne nous renseigne en rien sur la nature du symptôme.


Quelques exemples ?

PM : Par exemple, les maladies à crises [1] doivent être distinguées des maladies évolutives [2].
En ce qui concerne les maladies à crises, les tableaux cliniques sont très différents selon la maladie considérée, mais ce type de pathologie nous montre que de tels patients ont des systèmes de défenses psychiques distincts de ceux qui développent une maladie évolutive. Dans le premier cas, la crise est déclenchée lors d'événements ponctuels déclenchants qui témoignent d'une discontinuité du fonctionnement psychique. Elles ne mettent pas en jeu le pronostic vital car elles constituent un "palier de fixation somatique" qui agit comme un barrage en stoppant les mouvements de désorganisation générale. Pour cette raison, le symptôme ne doit pas être supprimé trop rapidement sous peine de provoquer une somatisation bien plus grave.

En revanche, dans une maladie évolutive (notamment les maladies auto-immunes ou cancéreuses), le processus de somatisation utilise une voie de désorganisation dite "progressive", faute de trouver un palier de fixation somatique "stabilisateur ". L'issue peut être mortelle si aucun travail de remobilisation des processus psychiques n'est entrepris.


La psychanalyse est-elle indiquée pour ce type de patients ?

PM : En tant que bon normand, je répondrai oui et non ! En fait, les psychanalystes ne rencontrent pratiquement jamais de tels patients pour une raison simple : leur mode de pensée factuelle, essentiellement axée sur les événements concrets, les rend totalement imperméables à tout ce qui concerne la vie psychique en général qu'il s'agisse de celle des autres et plus encore de la leur ; ils ne sont par conséquent jamais en demande d'analyse ou de travail psychothérapique. Par ailleurs, la psychanalyse "classique" - lorsque le patient est allongé sur un divan - est d'emblée contre-indiquée compte tenu de leur difficulté à s'engager dans une véritable relation "thérapeutique" avec l'analyste. Toutefois, seuls les outils de la psychanalyse permettent d'appréhender leur fonctionnement psychique, mais il est indispensable d'aménager un cadre spécifique en proposant une psychothérapie en face à face. En général ces patients sont pris en charge par la médecine compte tenu du caractère somatique de leurs affections. Ce sont donc les médecins bien informés qui les orientent vers un psychosomaticien-psychanalyste.

 

Comment ces patients - qui sont si éloignés de leur vie psychique - peuvent-ils envisager de consulter un psychanalyste-psychosomaticien ?

PM : d'une manière générale, peu de personnes admettent facilement qu'il puisse y avoir des facteurs psychologiques dans leur maladie.

D'une part, cela risque de provoquer des angoisses d'aliénation mentale, d'autant que l'évocation de "maladie psychosomatique" est souvent fausse - du moins ambiguë - comme je l'ai précisé plus haut. D'autre part, il ne s'agit pas non plus d'invoquer sytématiquement des "raisons psychologiques" à l'origine de la maladie pour justifier une prise en charge psychosomatique, car à dire vrai, sans une investigation poussée… nous ne pouvons pas l'affirmer ! Car j'insiste ici : l'idée assez répandue selon laquelle les psychanalystes considèrent d'emblée le symptôme comme ayant un sens symbolique est totalement erronée.

Ce que nous savons en revanche, c'est qu'un travail de psychothérapie permettra de remobiliser des ressources en agissant sur l'économie psychosomatique générale, y compris lorsqu'il s'agit d'une maladie organique qui n'est pas nécessairement d'origine psychologique.
C'est là tout le sens de l'investigation psychosomatique.

 

 

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[1] Maladies à crises : il y a deux notions de "crise" en médecine :
la crise peut être le signe favorable d'une guérison (chute rapide de la température, diurèse, sueurs)
ou bien une manifestation brutale : soit unique (crise d'appendicite) ou associée à un état chronique préexistant (asthme, céphalées ("migraines"), gastrites, eczéma, épilepsie, etc.) C'est cette dernière catégorie à laquelle les psychosomaticiens se référent quand ils parlent de "maladies à crises". Les malades concernés peuvent souvent prévoir les crises en disant qu'ils les "sentent" venir.

 

[2] Maladies évolutives : Ces maladies évoluent progressivement, souvent par "poussées". Contrairement aux maladies à crises, chaque poussée dégrade progressivement l'organisme, le pronostic vital étant souvent en jeu. Parkinson, Sclérose en plaques, Polynévrite - par exemple - sont des maladies neurologiques évolutives.

Par Psychosoma - Publié dans : Contributions de Pascal Ménard - Communauté : Psychosomatique
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