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Vendredi 30 septembre 2011 5 30 /09 /Sep /2011 15:37

" On apprend au malade qu'il y a des entités ennemies et que le médecin les combat, mais on ne lui en dit pas plus que ce que le médecin juge nécessaire pour s'assurer qu'il coopérera à sa propre manipulation " (Ivan Illich)

 

 

L’âme perdue

Pour nos ancêtres, la maladie était le signe que l’âme s’était perdue lors d’un accident, ou qu’elle s’était faite capturer par des sorciers, des esprits ou des démons. Le médecin qui était alors consulté était un chaman ou «sorcier». Le traitement consistait en une série de rituels ou d’incantations – généralement en état de transe - jusqu’à ce que le chaman retrouve l’âme égarée et la réintroduise dans le corps du malade, lui assurant ainsi la guérison.

 

L’esprit-maladie (possession)

Selon cette croyance, ce n’est pas un objet concret, mais l’esprit d’un sorcier ou d’un animal qui a pris « possession » du corps du malade. Le traitement consiste dans ce cas à pratiquer l’exorcisme pour chasser l’esprit par des conjurations et injonctions diverses.

 

La violation d’un tabou

Beaucoup de peuples considèrent que la violation d’un tabou entraîne aussitôt la maladie ou la mort. Ainsi, ce qui était « péché » est devenu pour la psychanalyse « sentiment de culpabilité », et l’on sait effectivement à quel point ce sentiment peut être à l’origine de désordres somatiques et psychiques graves. Le remède traditionnel est la confession, souvent accompagnée de quelques rituels ou prières expiatoires visant à annuler symboliquement l’action négative.

 

L'objet-maladie

Aujourd’hui encore, dans de nombreuses parties du globe, des peuplades pensent que la maladie est due à la présence d’un objet étranger toxique dans le corps du malade qui a pu être indroduit à son insu par un sorcier. Le guérisseur va donc procéder à l’extraction de la maladie – généralement par succion – pour en extraire un objet couvert de sang : os, plume d’oiseau, ver de terre, petit caillou, etc. L’objet-maladie étant extrait et présenté au malade, le guérisseur lui assure ainsi sa guérison. Bien entendu, il s’agit là d’une mise en scène préparée et d’une habile manipulation créant l’illusion. Si le subterfuge est révélé, l’effet thérapeutique s’effondre.

 

La médecine aujourd'hui

Les médecins d'aujourd'hui prescrivent
eux aussi des traitements factices

 

La médecine condamne unanimement les pratiques faisant appel à des procédés magiques ou à des simulacres de soins. Or les médecins d'aujourd'hui prescrivent eux aussi des traitements factices. Ce sont les médicaments «placebos», dont ils pensent - de bonne foi, au même titre que le chaman - que l’effet thérapeutique sera bénéfique pour le patient, même si le médicament n’a pas d’action pharmacologique spécifique. Néanmoins, cela peut suffire à modifier favorablement le cours de la maladie ... Y a-t-il pour autant charlatanisme ? En fait, lorsque la médecine condamne les subterfuges utilisés pour guérir, elle semble oublier qu’elle procède de la même façon… En revanche, la condamnation est pleinement justifiée lorsqu’une approche magique conduit à des diagnostics fantaisistes et à des traitements sans effets sur un patient atteint d’une affection maligne dont l’issue peut être mortelle faute de traitement pharmacologiquement actif ou d’intervention chirurgicale.

 

Les esprits possédés ou les âmes volées sont devenus des patients
« schizophrènes » ou des cas de « dépersonnalisation ».

 

Toutefois, les diagnostics psychopathologiques et les psychothérapies modernes continuent de fonctionner sur le même registre que nos sorciers-chamans : les esprits possédés ou les âmes volées sont devenus des patients « schizophrènes » ou des cas de « dépersonnalisation ». Dans les psychothérapies, il est question de bons ou de mauvais objets internes que l’on montre au patient via le transfert, ou bien on utilise la suggestion sous toutes ses formes pour tenter de faire disparaître les symptômes.

 

Le responsable du mal est
devenu le code génétique

 

Par ailleurs, nous sommes convaincus de disposer aujourd'hui d’une meilleure connaissance des phénomènes organiques et psychologiques qu’autrefois, ce qui n'est pas tout à fait exact. Il serait plus juste de dire que nous en avons une connaissance différente. En fait, nos croyances d’antan se sont ralliées à la pensée scientifique, et nous accordons aujourd'hui vis-à-vis d'un diagnostic médical, la même crédulité que l’homme primitif à propos de son âme volée. Cette croyance persiste toujours dans notre monde occidental moderne. Le responsable du mal est devenu le code génétique. Quant aux traitements médicaux actuels – médicaments ou actes chirurgicaux - ils agissent avec la même force de conviction que les pratiques chamaniques. L’origine d’une tumeur n’étant pratiquement jamais connue, on préfère la retirer plutôt que de prendre le risque de s’engager dans des pratiques psychiques incertaines, même si elles sont susceptibles de faire régresser et disparaître l’affection (ce que nous rencontrons pourtant souvent en psychosomatique). Lorsque le chirurgien montre au patient la tumeur extraite de son corps, il agit psychiquement comme le chaman vis-à-vis de l’objet-maladie. Bien sûr, la tumeur est réelle, mais le processus thérapeutique commence en amont, et dépend notamment : de la confiance accordée au médecin qui établit et annonce le diagnostic, du prestige de l’établissement, de la renommée du chirurgien, de la qualité des informations communiquées au malade avant l’opération, de la disponibilité des équipes soignantes, etc. Tout cela est une mise en scène qui va agir sur l’économie psychosomatique du patient, et dont la qualité va directement conditionner son potentiel de rétablissement. Curieusement, de tels paramètres ne sont jamais pris en compte dans les études !

Bien entendu, de tels propos ne manqueront pas de susciter de puissantes résistances. Nous avons en effet la certitude que les progrès de la médecine nous permettent de vivre plus longtemps. Pourtant, ceci est discutable. Car si la science proclame haut et fort qu’il faut éradiquer les croyances au profit d’une objectivation de la connaissance, alors rappelons les faits suivants : Ivan Illich nous indique que « l’analyse des tendances de la morbidité montre que l’environnement général (notion qui inclut le mode de vie) est le premier déterminant de l’état de santé global de toute population. Ce sont l’alimentation, les conditions de logement et de travail, la cohésion du tissu social et les mécanismes culturels permettant de stabiliser la population, qui jouent le rôle décisif dans la détermination de l’état de santé des adultes et de l’âge auquel ils ont tendance à mourir. » (Ivan Illich – Némésis médicale, l’expropriation de la santé- Seuil)

D’après Illich, le second déterminant de l’état de santé d’une population globale correspond aux activités et techniques sanitaires, telles que le traitement des eaux, l’utilisation du savon et des ciseaux par les sages-femmes, l’aération des chambres, les lessives fréquentes, etc., l’impact de l’acte médical sur la santé globale n’arrivant qu’au troisième rang, loin derrière.
Les sceptiques penseront qu’il y a toutefois une corrélation entre la présence de médecins et le faible taux de maladies présentes dans les zones où ils sont installés. Cela signifie plutôt que les médecins choisissent d’exercer selon leur inclination naturelle, c'est-à-dire là où la vie est agréable et déjà saine, où la population est active et jouit d’un pouvoir d’achat en mesure de payer leurs services.

La médecine, ainsi que la foi que nous lui accordons, sont imprégnées de croyances et de mythes tenaces. Ainsi la pensée magique d’antan a laissé place à une autre croyance tout aussi naïve : Croire que le chemin de la vérité scientifique doit passer par le déni de l’irrationalité humaine, alors que la science, dénuée de conscience réflexive, en est tout autant imprégnée. A vouloir réduire l’être humain à un programme génétique rationnel, sans pensée, sans affects, la médecine ne risque-t-elle pas d’y perdre son âme ?..

 

Par Psychosoma - Publié dans : Articles - Communauté : Psychosomatique
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Lundi 18 juillet 2011 1 18 /07 /Juil /2011 13:32

(Entretien avec Marie-Ange Casanova-Robert - Psychanalyste, Psychologue clinicienne)

 

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"Il est plus facile à l'imagination de se composer un enfer avec la douleur qu'un paradis avec le plaisir."

( Antoine de Rivarol - Discours sur l'homme intellectuel et moral )

 

 

 

"La personne hypocondriaque d’une certaine
manière, cherche à être malade."

 

Psychosoma.info : Quelle définition donneriez-vous de l’hypocondrie et comment la distinguer de la nosophobie ?

 

Marie-Ange Casanova-Robert : La nosophobie, c’est avoir peur de la maladie, tandis que l’hypocondrie consiste à se croire déjà malade. Contrairement au nosophobe, l’hypocondriaque s’écoute en permanence et pense qu’il a toujours quelque chose qui ne va pas. Le corps de l’hypocondriaque est toujours souffrant. Ce corps est mis en échec, et le « corps » médical également puisque rien n’est observable.
La personne hypocondriaque d’une certaine manière, cherche à être malade. Au fond, elle est déçue lorsqu’on lui dit qu’elle n’a rien. L’hypocondriaque demande en fait : « Dites-moi que je suis malade», tandis que la nosophobe demande : «Dites-moi que je n’ai pas de cancer». Le nosophobe n’est pas déçu mais soulagé de ne pas être malade… en tout cas, il sera rassuré pendant quelques jours. On peut dire que sa maladie est la phobie, car il ne présente pas les symptômes de la maladie qu’il a peur d’avoir ; la nosophobie est une phobie grave, à la limite délirante.

 

"Certains patients vont chercher le médecin
pour les conforter dans leur hypocondrie"

 

Psychosoma.info : Peut-on dire alors que l’hypocondrie est un « garde-fou » qui permet d’éviter, jusqu’à un certain point, la folie ?

 

M-A.C. : Parfaitement. L’hypocondrie peut en effet éviter un délire puisqu’elle n’est pas traitée comme délirante par les médecins. En tout cas par ceux qui jouent le jeu de l’hypocondriaque et qui se font complètement piéger.
Car notre société étant surmédicalisée, certains patients vont chercher le médecin pour les conforter dans leur hypocondrie qui est d’ailleurs parfois induite par les médecins. Certains patients ne seraient peut-être pas devenus hypocondriaques si le médecin n’avait pas été angoissé lui-même en prescrivant certains examens. Par exemple, la prescription d’un examen sophistiqué chez un migraineux peut dramatiser la situation et induire chez un sujet fragile une préoccupation anormale qui n’était pas là avant. Or comme l’hypocondriaque possède une structure assez masochiste, le médecin aura plutôt intérêt à le sermonner avec humour, ce qui aura pour effet de calmer le patient, plutôt que de faire le jeu de ses angoisses par des examens d’usage systématiques.
Les examens invasifs doivent être prescrits à bon escient, la seule demande du patient étant insuffisante.


"L’hypocondriaque cherche à gagner
tous les concours de souffrance"

 

La quête de l’hypocondriaque consiste à interroger sans cesse le savoir médical sur son état de santé, et à s’informer abondamment sur la maladie qu’il suppose avoir, allant même jusqu’à mettre en doute les compétences du savoir médical… quel sens peut avoir cette quête de l’impossible ?

 

Il est clair que cette quête de l’impossible vise d’une part à mettre en échec le corps médical, et d’autre part à se rendre intéressant. Car on est plus intéressant malade que bien portant. Et l’hypocondriaque cherche à intéresser l’autre par son corps érotisé, non pas parce qu’il est beau, mais parce qu’il est malade. C’est le contraire de l’hystérie classique qui va chercher à séduire par sa beauté et sa théâtralité, tandis que l’hypocondriaque va chercher à séduire le médecin en rendant son corps « intéressant » puisqu’il est souffrant. L’hypocondriaque cherche à gagner tous les concours de souffrance. Mieux vaut lui dire qu’on préfère être le dernier à ce genre de concours.

 

"Lorsque l'hypocondrie est présente chez un
sujet psychotique, c’est plutôt le signe d’une amélioration."

 

Il est d’usage en clinique de parler de l’hypocondrie en tant qu’entité nosologique spécifique, tandis qu’on la rencontre sous plusieurs formes : psychotique, névrotique, états-limites, etc. Doit-on considérer qu’il y a plusieurs hypocondries, ou bien une seule hypocondrie - ayant les mêmes caractéristiques de base - qui prend des colorations différentes en fonction de l’organisation psychique du sujet ?

  

Je pense qu’on peut parler d’une seule hypocondrie, présente effectivement dans toutes les organisations psychiques. Cela dit on la rencontre surtout dans des structures névrotiques (l’hystérie notamment) et lorsqu’elle est présente chez un sujet psychotique, c’est plutôt le signe d’une amélioration. Généralement les psychotiques sont rarement malades et plutôt résistants. Ils ne sont pas vraiment préoccupés par leur santé.


Certaines hypocondries peuvent-elles présenter des gradients de mentalisation différents, pouvant aller d’une carence de mentalisation à une hypermentalisa-tion selon les cas ?

  

Tout à fait. Par exemple, un sujet peut avoir une diarrhée parce qu’il passe un examen d’études. S’il s’agit d’un hypocondriaque ayant une carence de mentalisation, il ne fera aucun lien entre l’épreuve angoissante qu’il doit passer et sa diarrhée. A la place, il imaginera un cancer de l’intestin et sollicitera un examen médical. De même qu’un sujet qui a mal à l’estomac suite à une altercation avec un tiers, pourra demander à passer une fibroscopie de peur d’avoir un ulcère. Faute de mentalisation, ces sujets sont incapables de faire du lien entre une angoisse et ses conséquences physiologiques.
A l’inverse, le sujet qui a beaucoup et même trop d’imagination, anticipe en permanence sur ce qui pourrait lui arriver. Il imagine alors toutes les maladies possibles (ce qui est ici à la limite de la nosophobie délirante) et va chercher à multiplier les examens médicaux.

 

"Un enfant ne doit jamais avoir peur de tomber malade."

 

Du point de vue de la psychanalyse, l’hypocondrie est considérée comme l’expression d’une régression narcissique. Y a-t-il des périodes sensibles de la vie susceptibles de provoquer une telle régression ?

 

Oui, notamment l’adolescence, la ménopause. Parfois chez certains enfants chez qui c’est un signe d’appel dépressif, notamment lorsqu’ils ont une préoccupation anormale de leur santé avant ou après la période de latence (soit entre 5 et 12 ans). Or un enfant ne doit jamais avoir peur de tomber malade. Si tel est le cas, soit il a des parents trop anxieux, soit il a déjà un mauvais objet interne qui le persécute. Chez l’adolescent, garçon ou fille, c’est le « complexe du homard » : il a peur que la transformation de son corps et ses premiers émois sexuels ne le rendent fou. Il préfère qu’on lui trouve une maladie plutôt que des pollutions ou des règles.
On retrouve cela dans les bouffées de chaleur de la ménopause qui sont très liées à cela. Ces manifestations physiologiques - que l’on attribue exclusivement aux phénomènes hormonaux - sont quasi-inexistantes chez les Suédoises ou les Norvégiennes alors que les femmes du Sud peuvent avoir bizarrement des règles extrêmement douloureuses, et à la ménopause des bouffées de chaleur atroces ce qui n’est pas le cas chez les femmes des pays nordiques. Bien sûr qu’il y a dans tout cela une composante organique, mais ces phénomènes passent plus inaperçus chez les femmes généralement actives que chez les femmes au foyer. Or toutes ces modifications physiologiques vont dépendre de la façon dont on « s’écoute » intérieurement ; telle est la problématique hypocondriaque.

 

La clinique psychosomatique nous montre souvent que des patients somatisants (avec organicité) peuvent développer des états hypocondriaques au cours de leur psychothérapie… peut-on parler - comme pour les psychotiques - d’un état transitionnel témoignant d’une bonne réorganisation psychosomatique : passage intermédiaire d’une somatisation (processus primaire) à une mentalisation progressive (processus secondaire) ?


C’est en effet un passage intermédiaire qui peut être un passage obligé et un véritable progrès chez quelqu’un qui mentalisait très mal. C’est une manière de considérer le corps autrement que dans l’acting et dans la représentation, en ce sens qu’un tel sujet va se représenter son corps malade au lieu d’être véritablement malade. Quelqu’un qui a un cancer et qui devient hypocondriaque par exemple, c’est plutôt bon signe car il perd son « courage ». Or ce courage apparent, (nous l’avons déjà évoqué en parlant du cancer) consiste à ne pas se laisser aller à ses émotions… à être vaillant, peut-être même trop !

 

Le rapprochement souvent fait entre les processus de la mélancolie et de l’hypo-condrie vous semble-t-il pertinent ?


Ce rapprochement est à faire lorsque ça va jusqu’à l’extrême. D’une certaine manière, si je suis mélancolique, c’est que je suis responsable de tout et que je suis entièrement mauvais : donc mon corps est mauvais, ce qui est délirant, comme l’est souvent la mélancolie. Le syndrome de Cotard par exemple (le fait de croire ne pas avoir d’organe) se rencontre dans certaines mélancolies. Ici, tout est «en creux» en négatif, rien ne va, les organes y compris. Un patient schizophrène m’a dit un jour qu’il était mort et qu’on allait le voir à la prise de sang, ce qui est une forme d’hypocondrie « mélancolique ».

 

"L’hypocondriaque se sent persécuté de
l’intérieur par de mauvais objets."

 

Pour Mélanie Klein, l’hypocondrie témoigne d’une double persécution : provenant à la fois d’objets externes, et de mauvais objets internes (introjectés) perçus comme dangereux. Lorsque le sujet désinvestit les mauvais objets externes pour se protéger, la libido se replie sur les objets internes ce qui a pour effet d’amplifier la sensation de menace provoquée par ces mauvais objets introjectés. Or, face à une menace interne il est impossible de fuir, à moins d’imaginer une véritable maladie dont la médecine va devoir guérir le sujet…


C’est très juste. L’hypocondriaque se sent en effet persécuté de l’intérieur par de mauvais objets. Les médecins sont d’ailleurs perçus comme de mauvais objets externes « puisqu’ils n’ont pas compris que je suis plein de mauvais objets internes, les médecins sont mauvais » se dit l’hypocondriaque. Il y a donc bien une double persécution, à la fois interne et externe.

 

"L’hypocondriaque est un mauvais pilote pour sa vie."

 

Peut-on dire que le délire hypocondriaque est une « paranoïa du corps » (persécution interne dont le mécanisme, proche de l’hystérie, serait hallucinatoire) susceptible d’évoluer en véritable paranoïa (devenant persécution externe via le mécanisme de la projection) lorsqu’ aucune élaboration psychique n’est possible ?(Rappelons que, selon Freud, l’hypocondrie contient le germe de la paranoïa (cf. le cas Schreber)


L’hypocondrie peut effectivement contenir le germe de la paranoïa mais elle peut aussi selon les cas, se développer en hystérie.
Le sujet aura tendance à n’avoir confiance en personne ; il se sentira persécuté de l’intérieur par ses mauvais objets internes, mais aussi par les autres. Il n’aura pas plus confiance dans le pilote de l’avion (mauvais objet externe) que dans le pilote de son propre véhicule intérieur (mauvais objets internes) : l’hypocondriaque est un mauvais pilote pour sa vie.
Quant à l’évolution d’une hypocondrie en véritable paranoïa, c’est plutôt rare, à moins que l’hypocondrie soit déjà très grave au départ. Quand l’hypocondrie commence à désocialiser le sujet qui ne sort plus de chez lui ou qui passe sa vie à aller voir le médecin, cela devient une forme de maladie mentale qui dépasse largement le cadre de l’hypocondrie « ordinaire ».

Peut-être peut-on aussi parler de l’angoisse qui est très présente dans l’hypocondrie, contrairement aux maladies organiques où l’angoisse est quasi-absente…

Dans la maladie organique, et pour le sujet, l’angoisse est agie (dans le corps). Elle est en revanche éprouvée dans l’hypocondrie, aussi bien du côté du patient que du côté du médecin, non pas parce que le médecin a peur que le patient soit malade, mais parce que d’un point de vue médical l’hypocondrie est un « hic », un problème pour la médecine qui n’est pas véritablement résolu.

 

"le corps ne doit pas être un souci au quotidien,
ni pour le parent ni pour l’enfant. "

Peut-on prévenir l’hypocondrie ?

 

Dès le plus jeune âge, il convient d’éviter de montrer trop d’anxiété au petit enfant et lui apprendre que son corps est une source de jouissance, de plaisirs (et non de malheurs), que c’est très agréable d’avoir un corps. Or il est fréquent que les mères se sentent persécutées par les petits bobos de leurs enfants. Bien sûr, toutes les mesures sanitaires prophylactiques nécessaires doivent être prises (vaccins, visites médicales indispensables, etc.), mais le corps ne doit pas être un souci au quotidien, ni pour le parent ni pour l’enfant.

 

Par Psychosoma - Publié dans : Contributions de Marie-Ange Casanova-Robert - Communauté : Psychosomatique
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